Place Carnot
publié par Lycée Suzanne VALADON

ID :1632

Pays : France

Thèmes : Aucun thème

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Description générale

Pour nous rendre place Carnot, nous avons pris la rue François Perrin jusqu’à la place des Carmes. Après être passées par la rue de l’Amphithéâtre, nous avons gagné la place Wilson. Churchill, puis nous avons emprunté la rue Louviers de Lajolais qui débouche dans le boulevard Victor Hugo.

Nous sommes alors arrivées place Denis Dussoubs où il y avait enfin un peu de monde. Jusque là, nous n’avions croisé personne. Par la rue François Chénieux, nous avons rejoint la place Carnot. Petit à petit, les commerces changeaient, se diversifiaient : un salon de coiffure appelé « afro look » et destiné aux femmes africaines arborait perruques et postiches. Une femme était entrain de se faire tresser les cheveux. Dans le salon, l’ambiance semblait gaie et chaleureuse. Il y avait aussi un restaurant avec des spécialités Malgaches et une épicerie halal appelée « Alimentation orientale ».

Enfin arrivées à la place Carnot, le quartier, là-bas aussi, s’éveillait à peine. A croire que les immeubles étaient inhabités, nous avions presque le sentiment d’être seules au monde.

Nous nous sommes arrêtées en face des Halles peintes en blanc et vert. Devant l’entrée, de nombreux panneaux indiquaient les différentes promotions. Nous avons eu un moment d’hésitation avant d’entrer car tout était si calme, nous doutions que ce soit ouvert. Vérifiant les horaires d’ouverture affichés à l’entrée sur une petite ardoise, nous avons constaté que c’était ouvert. Nous sommes entrées. L’endroit, au premier coup d’œil, paraissait sans vie, froid. Le bâtiment était fait de bois et de métal. Au plafond, des panneaux radiants, alimentés au gaz, doivent servir l’hiver à chauffer cette architecture du début du siècle passé. Une forte odeur de poisson nous a aussitôt saisies. Il faisait sombre et l’hygiène, apparemment, laissait à désirer. Mais très vite cette impression de froideur s’est atténuée, tant l’ambiance entre commerçants et clients était bonne, ce qui nous a mises à l’aise.

Il y avait là une petite dizaine de stands : fruits et les légumes, produits laitiers, poissons et fruits de mer, viande... Tenue par une dame d’origine asiatique, une échoppe se distinguait des autres. Nous nous sommes approchées. De nationalité cambodgienne, la vendeuse nous a présenté quelques uns de ses produits : plats préparés et boissons typiques, riz, sushi... C’était comme un monde à part qui s’ouvrait à nous. Rien de commun entre les lampions multicolores qui ornaient cet étal et le décor plus « terroir » des autres. Nous étions transportées aussi sûrement que par un voyage au bout du monde. Après notre échange avec cette commerçante, nous sommes allées interroger d’autres marchands : la fromagère, le poissonnier et le boucher. Grande, la cinquantaine, les cheveux châtain clair joliment ondulés, la fromagère nous dit que le lieu était très fréquenté par les personnes âgées, une clientèle locale assez assidue. Elle trouvait le quartier calme et sans problème. A l’inverse, le poissonnier, un grand brun dynamique d’une trentaine d’années, s’inquiétât que la clientèle se raréfiait, surtout parmi les personnes âgées, mais que le vendredi et le samedi, les plus jeunes « s’invitaient à la fête » grâce à l’attrait du marché de la place Marceau toute proche. Quant au boucher, dans la trentaine lui aussi, il était souriant, charmant, et surpris par notre intérêt soudain pour cet endroit rustique. Il était satisfait de sa clientèle : pour lui, l’effet de la crise ne s’était pas fait sentir. Un peu plus loin, une boucherie d’un autre type nous a surprise : dite « chevaline », on y vend de la viande de cheval, ce qui est, paraît-il, de plus en plus rare.

En sortant des Halles, nous avons échangé avec deux personnes âgées du quartier. Elles étaient enjouées, ravies de nous faire partager leur expérience de ce « village dans la ville ». Elles nous ont expliqué qu’à leurs yeux, le quartier était parfait, qu’il y avait une excellente entente. Un seul bémol : la circulation. « Il y en a qui devraient repasser leur permis », disaient-elles. Elles étaient inquiètes du trafic accru et des rénovations de la Place. En effet ils furent nombreux : ravalement des façades, réaménagement du rond point qui d’herbe est devenu béton, laissant ainsi plus de place aux voitures et fluidifiant la circulation. Par ailleurs il y eut des agrandissements des trottoirs, installation de nouveaux lampadaires et mise en place d’une décoration moderne urbaine, enterrement des câbles : téléphoniques, électriques et optiques. Au final il y a plus de 10 ans que les travaux se succèdent.

Bien que très occupée par de nombreux clients, la responsable de la « pharmacie mutualiste » nous a confié qu’il y avait une grande diversité dans sa clientèle, que le quartier était plus fréquenté qu’auparavant et que les gens semblaient moins se connaître et parlaient de moins en moins entre eux. Ses paroles contrastaient avec celles des commerçants des Halles.

Sur la place, le bruit de la circulation était intense, les gens affluaient de partout en voiture. Çà et là, quelques personnes discutaient entre elles, une jeune femme se promenait en chaussons comme si la rue était une simple annexe de son salon. Adossé sur le rebord de sa fenêtre, au premier étage du bâtiment, une personne d’un certain âge, regardait cette agitation avec curiosité. En levant les yeux, on constatait que les immeubles ne se ressemblaient pas : les uns vétustes et anciens comme celui de la pharmacie datant de 1886, les autres rénovés et équipés de doubles vitrages.

Devant un café de la Place Carnot, un passant nous accoste, il nous dit que ce petit « village » est de plus en plus occupé par des étrangers. « Il y a de plus en plus d’arabes et de noirs », dit-il. Nous sentons dans son propos un ton désinvolte. Lorsque nous lui parlons des Halles, il dit : « Si les inspecteurs de l’hygiène y mettaient le nez, les halles fermeraient ». Nous lui demandons pourquoi ils ne le font pas, mais le passant garde le silence et s’en va, d’un air entendu.

Ce soir là, l’une d’entre nous est allée sur la place pour son bon plaisir. Le quartier, la nuit, était totalement différent de ce que nous en avions vu le matin. L’agitation automobile a laissé place aux discutions en terrasse des cafés orientaux. Les enfants jouaient entre eux, tous les restaurants ainsi que les bars étaient ouverts. Le quartier vivait autrement.

Le lendemain, nous y sommes retournées glaner de nouveaux échanges. Nous sommes restées un moment dans un « Taxi Phone ». Les cabines étaient décorées d’un papier peint à motifs sur fond jaune orangé. Des personnes téléphonaient dans ces claustras. Selon le patron du « Taxi Phone », l’endroit est dédié aux personnes d’origine étrangères. En effet il était possible d’appeler tous les pays du monde, acheter des cartes de téléphone, faire des photocopies, passer des fax et rédiger des papiers administratifs comme des curriculum vitae, papiers d’assurance et lettres de motivation. Juste en face du « Taxi Phone », la poste nous a paru un bon lieu d’observation. Mais le directeur n’était guère accueillant. Des envois postaux à l’étranger (DOM-TOM) et des cartes téléphoniques vers les Tropiques, l’Afrique, étaient disposés bien en évidence sur le comptoir, ce qui nous a paru être le signe d’une clientèle très métissée... Une des employées nous l’a confirmé en insistant sur la prépondérance des transactions d’argent s’effectuant vers l’étranger.

Un peu plus loin toujours avenue Général Leclerc, une vitrine vive de couleurs et de costumes scintillants style maghrébin attira notre attention. Nous entrâmes. Au premier abord, nous eûmes l’impression d’être transparentes, invisibles. Les clients, habillés de façon traditionnelle, orientale, parlant entre eux dans leur langue natale, ainsi que le commerçant, passèrent aussitôt du français à l’arabe, comme si leur conversation ne nous regardait pas. Peut-être les dérangions-nous, étions nous de trop ? Bien que surprises par cette attitude, nous commençâmes à observer les divers produits à la vente : tissus de couleurs chaudes, de type oriental, avec des ornements dorés et brillants, correspondant à la culture du pays de référence (Maroc, Algérie, Egypte…), des produits traditionnels tels que le henné, du thé vert, des voiles Islamiques et des CD de chanteurs maghrébins... Tout venait d’ailleurs dans ce magasin. Après le départ des clients, le commerçant nous porta un peu d’attention. En entendant nos questions sur le quartier, il nous fît un large sourire, nous expliqua que sa boutique était ouverte depuis sept ans et qu’il avait reçu un accueil chaleureux des riverains. Contrairement à la postière qui avait pointé du doigt le manque de sécurité dans le quartier, ce commerçant estimait la sécurité optimale. D’un air entendu, il nous dit : « Les flics sont partout et passent tout le temps. », ce qui peut nous laisser penser que cette présence policière est perçue par certains riverains comme étouffante. Nous le remerciâmes en demandant le nom de sa boutique : « El Borji ».

L’ambiance au sein de ce quartier est unique de par ces échanges et cette place semble incontournable dans la vie des Limougeauds, notamment par le marché du samedi. Celui-ci se tient Place Marceau toute proche et s’étend jusqu’aux Halles. Il est à la fois local et oriental. Par ailleurs ce carrefour en étoile s’ouvre vers six grandes directions de la ville et de ses diverses sorties (Paris, Toulouse, Clermont-Ferrand…).


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Itinéraire La fontaine Et ses illuminations Les petites halles traditionnelles 'Quand on arrive en ville...' La route de Paris

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